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Le Blog d’Anna Bruno
L’envoûtante exposition de l’artiste Don Quichotte Stefano De Santis: Lo sguardo e la materia (Le regard et la matière)
- 09/10/2026
- Posted by: Anna Bruno
- Category: art contemporain Art Éducation
Il semble que l’artiste Stefano De Santis soit arrivé tout droit du monde fantasmagorique de Don Quichotte de la Manche et que, comme le célèbre protagoniste de Cervantès, en initié, il pose son regard sur le monde en compagnie de ses œuvres, exposées en novembre dernier au Studio d’art Tibaldi, à Trastevere.
Ainsi, en entrant dans la galerie, après un rapide coup d’œil survolant l’ensemble, on se retrouve presque spontanément isolé des voix et des brouhahas et, peu à peu, on commence à ressentir en soi l’urgence de ces œuvres à vouloir manifester ce qu’elles semblent dissimuler en apparence à quiconque s’efforce d’y chercher un appel intime, une affinité élective. C’est alors que, l’une après l’autre, elles deviennent la trace d’un viaticum, celui entrepris par l’artiste lui-même, et que j’ai senti le besoin de faire partir de l’œuvre picturale (Prospettive).
Ici, l’artiste se peint lui‑même, vu d’en haut, afin que ce soit la partie supérieure de la toile qui offre au premier plan la zone la plus vulnérable de la tête, son sommet. Mais attention : ce n’est pas la boîte crânienne qui se livre au regard du spectateur, mais plutôt le système nerveux central, l’encéphale, où logent et se nourrissent pensées et émotions, considéré par conséquent comme le point sacré par excellence, en connexion perpétuelle avec les énergies du monde extérieur et avec les Cieux, au point que les personnages bibliques le couvraient de voiles pour le protéger de toute possible contamination par des énergies négatives.
De Santis en modèle la silhouette à l’aide de petits morceaux de bois brut, afin que les couleurs deviennent griffures et traces qui s’entrecroisent et se superposent, orientées dans plusieurs directions, jusqu’à former quelque chose de semblable au tissu effiloché d’un antique vêtement usé. On ne voit pas le visage, ce n’est pas nécessaire. La tête est penchée vers le bas, laissant présager que les yeux sont fixés sur les pieds, rigoureusement nus et posés au sol, en tant que symbole de connexion avec la terre, mais aussi de mouvement. Peut‑être un prélude aux figures suivantes, que l’artiste a choisi d’intituler Pachydermes sans mémoire, et non sans raison.
Des sculptures au mouvement lent, en terre cuite, dont les figures humaines, chevauchant des équidés sans tête, sont éthérées et allongées dans l’angoisse paisible de défier la force de gravité et de rejoindre les Cieux. Une évocation peut‑être des figures de Modigliani et de Giacometti, ou peut‑être encore du Don Quichotte de Picasso, elles aussi en quête de l’Absolu. Une quête qui, chez notre néo‑Don Quichotte, devient, pour lui aussi, obsessionnelle.
Les mains de l’artiste se plongent dans la terre cuite, la manipulent jusqu’à s’y dissoudre, se transférant d’abord dans les mains de chaque pachyderme, pour devenir ensuite partie intégrante de la matière, ou plutôt partie de l’Absolu. Et la possibilité d’en découvrir le sexe a elle aussi disparu, malgré la nudité, qui est pourtant celle d’un corps sacré, allégé et en ascèse. Pas même les yeux de ces figures ne sont épargnés par l’artiste. Désormais clos, même s’ils ne sont pas définis, les yeux ont déjà contribué à la vision, perdant ainsi leur utilité pour laisser la place à l’envahisseur bienfaisant, le troisième œil, afin que s’ouvrent les danses souples et sensuelles de l’intériorité et que commence le processus de libération.
À partir de là, la matière n’a plus le choix et se montre prête à accueillir sa tourmentée métamorphose alchimique, qui n’est pas sans rappeler Michel‑Ange. C’est le moment où le corps (la matière‑ego) se laisse modeler et affranchir du superflu, un superflu qui l’alourdit et n’a plus de raison d’être, pour que l’Esprit puisse diriger l’équin sans tête. Et l’Esprit est vent, et le vent va où il veut. L’équin a lui aussi perdu les yeux, et même la tête. À leur place, il y a le vide. Et les vides et les pleins, dans les sculptures de De Santis, jouent leur rôle d’alternance dans cette quête de l’Absolu.
Gardien d’en haut, terre cuite
Conduits entre‑temps par les pachydermes sans mémoire, nous parvenons au (Custode dall’alto) Gardien d’en haut, où la figure étend les bras vers le haut, vers l’immensité. Les mains réapparaissent mystérieusement au sommet, les paumes incurvées vers le bas pour garder ce qui est en contact avec la terre ou dans son sein, tandis qu’il semble que les pieds, symboles du mouvement, aient cette fois été engloutis, ou engloutis de nouveau, par la Terre‑Mère afin d’y enfoncer des racines sacrées. Car la Terre est Mère et elle reprend ses enfants chaque fois qu’elle le désire. Et face à ce Désir à Elle, nul ne peut échapper.
En observant la frêle et mystique sculpture, il semblait que ce fût Kyklos, du grec « cercle », la figure humaine peinte sur toile, désormais réduite à une silhouette, voire à un simple cercle. Elle n’a plus rien : ni yeux, ni bouche, ni nez, ni oreilles. Ce n’est plus qu’une forme qui renvoie au cercle : le cercle de la mort et de la renaissance, prélude à la sculpture suivante, où apparaît une selle désormais privée de son cavalier.
Pachyderme sans mémoire, (terre cuite) 2023
Don Quichotte est tombé de cheval et, devenu invisible, au contact – que nous imaginons – de la terre, il a trouvé sa transformation alchimique. À partir de là, les figures réapparaissent certes, mais leur corps est de bronze et leurs pieds définitivement amalgamés à la matière ; tandis que la tête, le regard et le nez tournés vers le haut se perdent, eux aussi définitivement, dans l’univers. Une chose est sûre : ils ont recommencé à se sentir poussière au sein de la Grande Perfection.
Suspendu entre Ciel et Terre, détail, bronze 2025
Parmi toutes les œuvres, la dernière sculpture en bronze, Suspendu entre Ciel et Terre (bronze – fonte – 2025), est animée par des petits oiseaux qui voletent autour d’elle.
Suspendu entre Ciel et Terre, detail, 2025
L’un d’eux entre dans le vide créé par l’artiste dans la partie supérieure du dos et, comme ravi, est sur le point d’atteindre la zone intérieure, celle qui palpite en tout être humain, celle qui est capable de battre sans résistance à l’appel de l’amour inconditionnel : le cœur. Et l’oiselet n’a pas besoin de comprendre ni de voir pour l’atteindre, il lui suffit de se sentir à l’unisson avec cet organe précieux et incontrôlable, avant même de l’avoir rejoint. Ici, le viaticum de l’artiste révèle ouvertement sa mission, et le De Santis–Don Quichotte est déjà tout imprégné de l’essence de la vie.
Une essence qu’il est possible de savourer dans ses jardins japonais, où le Yin et le Yang ont trouvé la voie pour dépasser les conflits sans retour et ont retrouvé l’étreinte de l’équilibre avec soi‑même et avec l’univers tout entier. Oui, car l’artiste Stefano De Santis est aussi jardinier et, comme je l’écris dans mon texte Âme perdue âme retrouvée. Pérégèse autour des jardins du Vatican (Palombi Editori, Rome 2017) : « (…) Dieu fait descendre l’homme dans son jardin, le contraignant à la confrontation avec la perte de soi. Car la perte n’est pas manque, n’est pas absence, mais étape indispensable de sa continuation : on se perd pour se retrouver et, à nouveau, s’originer » (p. 24‑25).
QUI
Stefano De Santis naît à Rome, dans le quartier de la Garbatella, le 28 mai 1961. Il commence son parcours artistique en autodidacte en 1977 et, en 1982, il rencontre le maître De Angelis, qui l’initie au monde de la sculpture.
En Italie, il expose dans de nombreuses galeries et participe à des manifestations telles que le Festival dei Due Mondi de Spoleto, la Quadriennale de Rome, le Work in Progress de la via Margutta à Rome, ainsi qu’à des expositions au Palazzo Piccolomini de Pienza.
En 1997, il est invité à Cuba par la « Fundacion Caguayo » du maître Alberto Lescay Merencio, pour une série d’expositions et une collaboration au sein de l’atelier de Santiago de Cuba. C’est à partir de là qu’il commence à collaborer avec des artistes cubains comme Alexander Lobaina Jimenez, auprès duquel il apprend la collographie, une technique de gravure au moyen d’une presse. Toujours à Cuba, il présente une exposition personnelle intitulée Ochosi à la Galerie d’Art Moderne de Santiago. À La Havane, il rencontre Nelson Dominguez et de nombreux autres artistes cubains dont il fréquente les ateliers. Il expose dans diverses « Maisons de la Culture » (Habana‑Alamar‑Villa Clara‑Caibarien), ainsi qu’au Musée du Livre, au Palacio Secundo Cabo et dans la Vieille Havane en décembre 1997. En 1998, il présente une exposition personnelle au Museo Municipal de la collection d’œuvres sur verre unique du Centre et de l’Amérique du Sud, puis, en octobre de la même année, à Santa Clara.
À son retour en Italie, en 2008, il découvre la réalité créative du Corviale, à Rome, et commence à collaborer avec la Comunità X. À partir de 2020, il rejoint, avec C. Chierici, G. Ceraldi et G. Savino, le groupe Virus, fondé à Naples en 1984 et refondé précisément en 2020 à Rome. Il expose en outre : en décembre 2019, à L’Aquila, à la Pinacothèque d’Art Sacré de Sant’Elia, où est conservé un bas‑relief en terre cuite satinée bronze ; entre 2020 et 2021 à la Galleria Antonio Neiwiller de Rome ; entre 2022 et 2023 au Drugstore Museum de Rome avec l’exposition « Napoli New York Corviale. Archéologie et art public », organisée par la Surintendance Spéciale de Rome ; entre 2023 et 2024 à la BACC Gallery, via Panisperna à Rome – Studio Tibaldi, avec l’exposition intitulée Corporeus ; entre 2024 et 2025 à l’Hotel Oxford, dans l’exposition collective Oxford intitulée Kontemporanea art On Time – Tutto è Arte.
Stefano De Santis vit et travaille aujourd’hui à Rome.
L’exposition Le regard et la matière s’est tenue en novembre dernier à la galerie Studio Tibaldi Arte Contemporanea, via Panfilo Castaldi 18.
Toute personne intéressée par ses œuvres peut me contacter par courriel: periegetanna@gmail.com.
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Anna Bruno

Perspective, huil sur toile
Pachyderme, terre cuite 2021
Kyklos, huil sur toile, 2023)